Rencontre avec Hamady Gaye, le joaillier qui transforme les rêves en bijoux

Joaillier de père en fils depuis sept générations, Hamady Gaye est né au Sénégal. Installé depuis douze ans dans son atelier-boutique de la rue Saint-Sébastien à Paris, il est aujourd'hui le maître du filigrane dans la capitale. Rencontre avec un artisan qui transforme ses souvenirs et ses rêves en bijoux.

L'histoire d'Hamady Gaye ressemble à un conte. Celui d'un enfant qui rêvait de porter un uniforme avant de comprendre que son destin se trouvait finalement entre ses mains. Ce samedi de juillet, on pousse la devanture bleutée de sa boutique. Les vitrines sont impeccables, chaque pièce semble raconter une histoire. Au fond de l'atelier, Hamady Gaye lève les yeux de son établi et accueille ses visiteurs avec un café rapporté du Sénégal. Entre les murs bleus et les meubles de bois, le temps ralentit dans cette atmosphère aussi chaleureuse que lumineuse. Le récit peut commencer.

Au Sénégal, Hamady Gaye naît dans une famille de bijoutiers réputés. Depuis sept générations, le métier se transmet de père en fils. Pourtant, le jeune garçon rêve d'un tout autre destin : il s'imagine porter un uniforme ou être musicien. En attendant, il passe ses journées à faire rouler une roue de vélo avec un bâton, joue à la chasse avec les autres enfants et refuse toujours de poursuivre un oiseau aux plumes vertes et bleues qui le fascine.

Son père lui enseigne malgré tout le métier familial : le filigrane. Cette technique ancestrale, héritée du Moyen Âge, consiste à façonner de fins fils d'or, d'argent ou de vermeil avant de les assembler et souder pour créer des motifs d'une extrême délicatesse. Chaque pièce demande des heures de patience et une précision presque chirurgicale, environ trois jours pour réaliser une bague.

Un destin toujours guidé par le filigrane

Très jeune, Hamady perd son père et devient chef de famille. Il part alors tenter sa chance à Abidjan, où les bijoux connaissent un véritable succès. Son activité prospère, mais un nouveau rêve naît : la France. Son premier séjour à Paris est un échec. Dix jours seulement lui suffisent pour repartir, découragé par la dureté de la ville. Il rentre au Sénégal, honteux, avant de décider qu'il reviendra une année plus tard, cette fois pour réussir.

À Paris, rien ne se passe comme prévu. Impossible de trouver un emploi de bijoutier. Il devient agent de sécurité, travaille comme DJ la nuit spécialisé en musiques du monde, découvre la salsa, construit sa vie de famille. Puis un jour, sa fille lui pose une question qui bouleverse tout :

« Pourquoi tu restes agent de sécurité alors que tu sais fabriquer des bijoux ? Je voudrais avoir les oreilles percées, porter tes créations et les montrer à mes copines. » Cette phrase agit comme un déclic. Hamady contacte alors un bijoutier retraité à Angoulême et lui rachète son établi. Douze ans plus tard, c'est toujours sur ce même établi qu'il travaille chaque jour dans sa boutique parisienne.

« Tout part de la matière et de ce petit lingot », explique-t-il en faisant fondre le métal au chalumeau. Le lingot est ensuite laminé jusqu'à devenir un fil extrêmement fin. Entre ses mains, ce fil se transforme peu à peu en dentelle de métal. C'est tout l'art du filigrane.

Chaque bijou naît ici, de l'idée jusqu'à la réalisation. Rien n'est sous-traité. Tout est imaginé, dessiné, fabriqué puis vendu sur place ; une vocation qu’il a su réinventer… Son inspiration, elle, ne vient pas seulement de son savoir-faire mais aussi de ses rêves.

Lorsqu'on lui demande l'origine de sa collection “La Rivière bleue”, Hamady raconte une histoire qui ressemble à un conte. Une nuit, il rêve du fameux oiseau de son enfance, celui qu'il n'avait jamais voulu chasser. Cette fois, il décide de le poursuivre pour le sauver. Dans sa course, il tombe dans une rivière. L'oiseau s'envole et l'une de ses plumes tombe dans l'eau. À son réveil, toute la rivière est devenue bleue. Cette image ne l'a jamais quitté. Sa collection est née de ce rêve, des couleurs de son enfance et de la poésie qui les accompagne.

Un savoir faire unique ouvert sur le monde et transmit à tous

À travers ses créations, Hamady Gaye mêle aujourd'hui les traditions africaines aux inspirations occidentales qu'il découvre au fil des expositions et salons sur lesquels il est invité, et de ses rencontres avec d'autres artisans. Ses bijoux racontent autant son histoire que celle de deux cultures qui se rencontrent.

Conscient que les artisans d'art se font de plus en plus rares, il transmet désormais son savoir-faire à une nouvelle génération. Dans son atelier, chacun peut vivre une expérience unique : fabriquer ses alliances, imaginer un bijou sur mesure ou simplement découvrir les gestes d'un métier d'exception.

« Il y a peu d'artisans aujourd'hui. On parle beaucoup du made in France, mais les ateliers sont rares. Ici, je fais tout sur place. Tout part de ce lingot que je viens de fondre. »

Avant de nous quitter, Hamady confie le véritable message de son conte. « Je rends hommage à ces enfants du monde entier qui rêvent de devenir Président de la République, artisan, agriculteur ou chanteur. Nos rêves d'enfants ne disparaissent jamais vraiment. Il faut simplement avoir le courage de courir après son destin. »

En sortant de l’atelier-boutique de la rue Saint-Sébastien, on ne regarde plus ces bijoux de la même manière. On imagine la tradition familiale, le rêve qui a fait naître un dessin et peut-être, quelque part, une plume bleue tombée dans une rivière.

Hamady Gaye, 56 rue Saint-Sébastien 75011, https://www.hamady-gaye.com/

Valentine

Forte de plusieurs expérience dans les maisons de luxe et la presse, Valentine est la fondatrice du média expect

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