Hot takes : ces clichés sur la mode sont-ils vrais ?
Assistant exploité, boss tyrannique, culte de la maigreur, dress code noir obligatoire : la mode, derrière les strass et les paillettes, traîne une longue liste de clichés. Ces idées reçues, amplifiées par les conversations, les films et les romans qui caricaturent le secteur, cachent souvent une part de vérité. Pourtant, derrière les défilés, les campagnes publicitaires et les belles pages de magazines, se cachent en réalité un terrain fait de contraintes, de codes et d’exigences souvent méconnues du grand public et qui justifient cette effervescence… Aujourd'hui, Expect vous emmène dans les coulisses de l'industrie pour décrypter les clichés les plus répandus de la mode et comprendre pourquoi ils continuent de dégrader son image.
Cliché n°1 : Plus tu es mince plus tu réussis
Lorsqu'on évoque la mode, beaucoup imaginent encore des mannequins soumis à des régimes extrêmes, réduits à une pomme et quelques amandes par jour.
Vrai : Pendant un défilé, le vêtement est conçu en taille unique souvent bien avant le casting du mannequin. L'enjeu est important pour les marques : les images du défilé seront diffusées dans le monde entier et serviront de référence pendant toute la saison.
De plus, les professionnels du secteur sont influencés par leurs marques préférées ou par celle pour laquelle ils travaillent et tentent ou doivent en adopter l’image, impliquant de se rapprocher le plus possible de ce que renvoie le mannequin du défilé.
Faux : Aujourd’hui, de plus en plus de marques appuient une volonté d’inclusivité et de diversité des corps sur les défilés, campagnes publicitaires, etc. On peut citer l’exemple d’Esther Manas qui va jusqu’à la taille 50.
Il est important de souligner que les critères de réussite basés sur l’apparence ne sont pas spécifiques à la mode mais observables dans de nombreux cas : discrimination à l’emploi, valorisation sociale, assurance de prêt immobilier etc.
Cliché n°2 : On ne gagne pas d’argent
Comme tout secteur, la mode regroupe une grande diversité de métiers et chacun peut y trouver sa place s’il a l’ambition d’y arriver; car au-delà des “strass et paillettes”, elle reste un milieu exigeant, qui demande des heures de travail. La différence avec d'autres secteurs est que l'accès à certains postes repose parfois autant sur la sensibilité créative, le réseau et la culture du milieu que sur l'expérience professionnelle.
Vrai : Beaucoup de professionnels vivent d’abord leur “métier passion”, ne comptant pas leurs heures, avant d’atteindre des postes mieux rémunérés. On observe une certaine précarité pour certains métiers tels que les coursiers, assistants, juniors, certains free-lances, journalistes... qui parfois travaillent même gratuitement pour se faire un nom et de l’expérience.
Faux : De nombreux métiers propres au secteur de la mode font partie des mieux rémunérés, bien qu’élitistes ils ne sont pas inatteignables : directeurs artistiques, experts confirmés, professionnels du digital, indépendants.
Un bon salaire est possible, mais rarement immédiat, et souvent au prix de certains sacrifices.
Notre conseil : ne vous laissez pas décourager par les idées reçues. Comme dans beaucoup d'industries compétitives, la persévérance et la curiosité font souvent la différence.
Cliché n°3 : Il faut s’habiller en noir pour être bien perçu
Cette croyance est née en partie des directeurs artistiques apparaissant souvent en noir dans les ateliers et dans la presse. L’explication est simple : puisque la mode change chaque saison, on ne veut pas paraître “démodé” et le noir permet une certaine neutralité et distance face à la collection qu’on présente. La photo est intemporelle et le personnage paraît en quelque sorte immortel.
Vrai : le noir est parfois imposé comme uniforme dans l’atelier. En dehors des règles, il est un choix facile pour un professionnel qui n’a pas les moyens de racheter des vêtements chaque saison ou qui est lassé d’être entouré de vêtements toute la journée.
En entretien d’embauche, le noir sert de code neutre, évitant toute faute de goût.
Faux : Il n’existe aucun dress-code universel. S'habiller en noir n'est la plupart du temps ni une obligation ni un pré-requis pour réussir dans la mode et chacun est libre de développer son propre style.
Les professionnels de la mode portent du noir par habitude, par praticité ou par préférence personnelle. Rien n'empêche pour autant d'exprimer son style à travers la couleur ou des imprimés.
Cliché n°4 : les fêtes sont des orgies d’alcool, de drogue et de sexe.
Dans l’imaginaire collectif, la mode est souvent associée à un monde d’excès, avec des fêtes grandioses où l’alcool coule à flot, la drogue circule librement et les relations personnelles s’entremêlent.
Vrai : les fêtes sont grandioses car il y a toujours une volonté d’impressionner par le décor, l’habit, la lumière ou ce qu’on peut trouver comme expérience sur place. La mode veut émerveiller, marquer et pousser la création au maximum. Certains excès ont été largement relayés par la presse à propos de John Galliano ou Alexander McQueen par exemple mais ils ne sont pas une généralité.
Faux : Pour autant, la mode et le luxe sont très proches et l’image est contrôlée. Aujourd’hui, la mode n’est pas plus dangereuse que n’importe quel autre secteur d’activité et la consommation n’est ni forcée ni conseillée pour réussir.
Petit rappel : non, il n'est pas nécessaire d'entretenir une relation privilégiée avec une personne influente pour décrocher un emploi. Non, il n'est pas nécessaire de consommer de l'alcool ou des substances pour obtenir des opportunités professionnelles. Bien au contraire : dans un secteur où la réputation circule vite, ce type de comportement peut parfois fermer davantage de portes qu'il n'en ouvre.
Cliché n°5 : Les soirées sont remplies de pique-assiette
Le pique-assiette est par définition celui qui s’impose à l’heure du repas. Dans la mode, ce terme est courant pour définir les gens qui s’introduisent dans les événements pour manger à l’oeil et étoffer leur réseau.
Vrai : la plupart du temps on ne croise pas que les grands de ce monde, sursollicités, fatigués, et très sélectifs dans leurs apparitions publiques. Il y a donc souvent beaucoup d'amis d'amis présents davantage pour profiter de l'événement et élargir leur réseau que pour développer de véritables projets professionnels.
Faux : il faut se méfier des apparences, les personnes les plus importantes sont souvent humbles et discrètes. Ne sous-estimez personne car l’assistant d’aujourd’hui peut devenir le professionnel confirmé de demain.
Cliché n°6 : Les défilés commencent toujours en retard
Pas toujours, mais cela arrive. Et rarement pour les raisons que l’on croit.
Aujourd’hui, les marques inscrites au calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode doivent respecter des horaires précis. Les défilés s’enchaînent rapidement, et les professionnels (journalistes, acheteurs, photographes, mannequins) n’ont souvent que peu de marge de manoeuvre entre les shows.
Vrai : si les retards sont si fréquents c’est qu’ils sont souvent liés à des contraintes techniques, logistiques ou stratégiques : installation, lumière, son, ou encore retard d’invités VIP dont la présence est un enjeu médiatique pour la marque qui défile. Paradoxalement, le retard est devenu si courant que certains invités arrivent eux-mêmes en retard. Et il n’est plus rare de constater qu’un défilé démarré à l’heure semble… vide.
Faux : pour les plus grosses productions comme Dior ou Chanel il est très rare qu’un défilé ait beaucoup de retard. Le temps des invités est précieux et le défilé est millimétré à la seconde près pour que tout soit parfait.
Cliché n°7 : Les assistants sont mal traités
Servir des cafés, faire des cartons, imprimer des dossiers, courir dans tout Paris.
Vrai : ce cliché a été largement alimenté par des films comme Le Diable s’habille en Prada et beaucoup d’entre nous sommes passés par là, avec un manager absent ou tyrannique, et des exigences parfois extrêmes.
Le problème vient souvent du fait que les responsables hiérarchiques sont eux-mêmes surchargés et n’ont pas toujours le temps ou les moyens de transmettre correctement. Pourtant, les assistants sont en phase d’apprentissage. Lorsqu’ils sont correctement formés et accompagnés, ils deviennent rapidement très compétents.
Faux : Tous les assistants ne sont pas systématiquement mal traités. Dans de nombreuses entreprises, ils bénéficient d'un véritable accompagnement et acquièrent rapidement des responsabilités. Ce qui est parfois perçu comme de la maltraitance relève aussi de la découverte d'un environnement exigeant, du rythme soutenu du secteur ou de la difficulté à trouver sa place lors d'une première expérience professionnelle.
Cliché n°8 : les provinciaux ont moins de chances de réussir
Lorsqu'on arrive à Paris pour travailler dans la mode, il est facile d'avoir l'impression de partir avec un handicap face à ceux qui connaissent déjà les codes, les lieux et les bonnes personnes.
Vrai : Certains professionnels bénéficient effectivement d'un réseau familial, déjà implanté dans le secteur, ce fameux “piston”. Les opportunités circulent souvent par recommandation, ce qui peut donner un avantage à ceux qui sont déjà proches de l'écosystème parisien.
Faux : L'histoire de la mode est remplie de créateurs, dirigeants et entrepreneurs venus de régions, voire de pays différents. Si le réseau compte, le talent, la persévérance et la capacité à créer des opportunités restent des facteurs déterminants sur le long terme.