Peut-on vraiment critiquer la mode ?

Nous sommes le mercredi 28 janvier 2026 et c’est la Fashion-Week Haute-Couture. Il est 16h30. Je suis dans la salle et j’attends le début du show. Trente minutes de retard, c’est assez commun dans la mode. Cette Maison-là en vaut le coût, j’attends pour le défilé Juana Martin. Ça y est, ça commence…

Une à une, les pièces défilent. En quinze minutes montre en main, je regarde, je filme et j’analyse. Tout se passe en un éclair et je ne dois rien rater. Je suis là pour ça : c’est mon métier. Montrer. Décrypter. Partager. Pourtant, je me retrouve face à une situation aussi nouvelle que terrible en tant que jeune journaliste de mode : je suis mitigée.

Évidemment qu’il y a du bon. Le travail de l’atelier est évidemment remarquable, on parle quand même d’une marque au calendrier de la Fédération de la Mode et de la Haute-Couture. Oui, l’exécution est bonne. Certaines coupes sont indéniablement sympas.


Je rentre chez moi et je regarde mes rushes. Je ne sais pas quoi faire comme contenu.


Alors, je me questionne. Est-ce vraiment possible d’encore critiquer la mode ? Surtout en étant un jeune média. Soyons honnêtes, critiquer trop fort c’est risquer de perdre des invitations précieuses et un intérêt que peu de grandes maisons veulent nous accorder. C’est toujours cette question de mordre la main qui nous nourrit. D’un autre côté, peut-on se dire transparent si on ne peut pas être honnête ?


Mon premier réflexe à la fin du défilé a été de regarder autour de moi. Est-ce que j’étais la seule ? Est-ce que tout le monde pensait la même chose ? Parce que la majorité est rassurante et parce qu’elle valide notre avis. L’exemple que j’aime citer est celui de Chanel. Tout le monde s’accordait à dire que les créations de Virginie Viard étaient catastrophiques. Les réseaux sociaux étaient unanimes. Et oui, il m’est déjà arrivé de dire que je n’aimais pas la collection, soufflant un dédaigneux « Ah cette Virginie… », sans avoir même regardé le show. Sacrée tyrannie de la majorité. 


D'ailleurs, si j'ai utilisé le terme mitigée au début c’est parce que c’est une manière plus polie de dire que je n’ai pas aimé, dans le but de ne froisser personne.


Les autres fois, j’avais adoré Juana Martin. Il faut dire que Schiaparelli est ma maison favorite et que je suis sensible aux créations plus artistiques et extravagantes. On retrouvait cet aspect-là dans ses dernières collections. Ici j’ai simplement trouvé ça plus classique, même si les références à la culture espagnole étaient très soigneusement intégrées. J’ai aussi trouvé le rythme du défilé assez (pour ne pas dire trop) rapide. Je l’ai trouvé simplement et durement moins à la hauteur.


Cependant, ces points sont, vous en conviendrez, assez subjectifs. C’est désormais que je m’attaque au sujet qui froisse, à l’opinion qui divise. 


Il y a quelques années, le body positivisme et l’acceptation des corps est devenu en vogue. Les maisons variaient les morphologies, les âges… J’ai envie de vous dire : enfin un peu de représentation dans ce domaine déjà si élitiste ! Pourtant, ces dernières années ce mouvement a reculé. Le climat politique international actuel a très certainement une grande part de responsabilité là-dedans. C’est ce qui m’a frappé dans ce défilé. Une diversité des morphologies inexistante laissant place à des corps très maigres. Ne tentez pas de déformer ce que je dis. Le problème ici est bel et bien le manque de diversité et l’invisibilisation des corps au prix du culte de l’extrême minceur, pas les corpulences en tant que telles. Je rappelle que la taille moyenne des femmes en France est de 42. La représentation n’est pas une mode, c’est quelque chose d’essentiel. 


Toutes ces réflexions m’ont ainsi menée à ouvrir cette question et à oser la poser à travers ce billet : quelle place laisse-t-on à la critique sur nos médias et sur nos réseaux sociaux ? Osera-t-on dire que l’on aime pas quelque chose sans avoir peur des représailles ? 



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